SOCIETE

Affaire du policier séquestré : Papabonm visé par une plainte à la DCPJ

Le cabinet ADVOCATUS LAW FIRM et le Collectif des Avocats pour la Défense des Droits de l’Homme (CADDHO) ont saisi la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) d’une plainte visant le tiktokeur Jean Jeune, connu sous le pseudonyme de Papabonm. La démarche a été déposée le 1er septembre 2026 auprès du directeur de la DCPJ, Marc Justin.

Les plaignants reprochent notamment à l’influenceur des faits qu’ils qualifient d’incitation à la violence, d’apologie de propos haineux, d’association de malfaiteurs et de complicité de coups et blessures.

La procédure intervient dans le contexte d’une affaire qui suscite depuis plusieurs semaines de vives réactions en Haïti : l’enlèvement et la séquestration d’un policier de la 36e promotion de la Police nationale d’Haïti (PNH) par des individus armés dans la zone métropolitaine. Selon les éléments avancés dans la plainte, les ravisseurs auraient diffusé plusieurs vidéos mettant en scène le policier captif. Les avocats dénoncent notamment des actes d’humiliation qui auraient été imposés au policier, y compris des propos et comportements liés à son orientation sexuelle.

Pour les représentants du CADDHO et d’ADVOCATUS LAW FIRM, ces agissements constituent une atteinte aux droits fondamentaux de la victime et seraient contraires aux principes consacrés par les instruments internationaux relatifs aux droits humains.

La plainte cible particulièrement une vidéo de 14 secondes devenue virale sur les réseaux sociaux. Les plaignants affirment que Jean Jeune, alias Papabonm, y aurait tenu des propos tournant en dérision les souffrances du policier et aurait publiquement encouragé ses ravisseurs à le frapper. Ces affirmations constituent le fondement de la démarche judiciaire engagée contre le tiktokeur. Les avocats indiquent avoir versé la vidéo concernée au dossier afin qu’elle puisse être examinée dans le cadre d’une éventuelle enquête. À ce stade, les accusations formulées dans la plainte ne constituent pas une condamnation judiciaire de Jean Jeune. Il appartient aux autorités compétentes d’établir, à travers une enquête, la nature exacte des propos et leur éventuelle portée pénale.

Les plaignants s’appuient également sur la législation haïtienne relative aux preuves électroniques. Ils invoquent notamment l’article 2.5 du décret sur la signature électronique, modifié par les membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), pour soutenir que les éléments numériques peuvent bénéficier d’une valeur juridique comparable à celle des preuves matérielles. La vidéo publiée sur les réseaux sociaux est ainsi présentée comme une pièce susceptible d’être examinée par les enquêteurs afin de déterminer les circonstances entourant les propos reprochés au tiktokeur.

Le document déposé auprès de la DCPJ développe également une argumentation autour des éléments nécessaires à la caractérisation de l’incitation à la violence. Les avocats évoquent trois dimensions : l’élément légal, correspondant à l’existence d’une disposition juridique sanctionnant les faits ; l’élément matériel, qu’ils associent à la diffusion publique de propos incitant à la violence par internet ; et enfin l’élément moral, lié à l’intention de l’auteur. Sur cette base, les plaignants estiment que les faits qu’ils attribuent à Jean Jeune pourraient correspondre aux critères de l’infraction dénoncée.

Me Arnel Rémy, directeur général d’ADVOCATUS LAW FIRM, a porté la plainte avec l’assistance de Mes Judes Joseph, Leny Candio et Rébecca Céramé. Le cabinet et le CADDHO demandent à la DCPJ d’ouvrir une enquête sur Jean Jeune, alias Papabonm, et de prendre les mesures qu’ils jugent nécessaires pour assurer la protection des citoyens. La démarche intervient alors que la situation du policier séquestré continue de susciter l’émotion et les réactions au sein de la société haïtienne.

Jusqu’à présent, la DCPJ n’a pas rendu de commentaire officiel détaillé sur la plainte. L’institution a toutefois indiqué que l’enquête suivrait son cours. Les suites judiciaires de cette affaire devront permettre de déterminer si les propos dénoncés ont effectivement été tenus dans les conditions décrites par les plaignants et s’ils sont susceptibles d’entraîner des responsabilités pénales.

 

Rédaction Kominotek NEWS

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