Turquie : une violente échauffourée éclate au Parlement lors de la prestation de serment du nouveau ministre de la Justice

Une bagarre brutale a éclaté mercredi au sein du Parlement turc entre des députés du principal parti d’opposition, le CHP, et ceux du parti au pouvoir, l’AKP, lors de la cérémonie de prestation de serment du nouveau ministre de la Justice, Akin Gurlek. Cette scène de tension s’inscrit dans un contexte politique tendu, alimenté par les actions controversées de M. Gurlek, notamment son rôle clé dans l’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoglu, en mars dernier. Cette décision, perçue par beaucoup comme politiquement motivée, avait déclenché les plus graves manifestations depuis plus d’une décennie en Turquie.
Malgré le chaos, Akin Gurlek a finalement prêté serment quelques minutes plus tard, sous les huées de l’opposition et les applaudissements de ses alliés. Le nouvel élu a juré de « rester fidèle à la Constitution », soulignant son engagement envers les institutions turques. La nomination de M. Gurlek, ancien procureur général d’Istanbul, a été officialisée mercredi dans le Journal officiel par le président Recep Tayyip Erdogan. Les raisons précises de ce remaniement gouvernemental ne sont pas encore connues. Le journal a également indiqué que M. Gurlek et son prédécesseur, Yilmaz Tunc, avaient tous deux démissionné. Parallèlement, Ali Yerlikaya, jusqu’alors ministre de l’Intérieur, a vu son portefeuille confié à Mustafa Ciftci, gouverneur de la province d’Erzurum.
Les critiques contre M. Gurlek s’accumulent depuis son ascension. En tant que procureur général d’Istanbul, il a déclenché une vague d’emprisonnements de maires du CHP, accusés de corruption, tout en ouvrant des enquêtes contre des centaines de membres de l’opposition. Ekrem İmamoglu, maire d’Istanbul, est au cœur de ces tensions. Désigné candidat du CHP pour l’élection présidentielle de 2028, il est considéré comme le seul opposant capable de défier le président Erdogan. Son arrestation en mars 2025, ordonnée par M. Gurlek, a suscité une onde de protestation nationale.
L’opposition accuse le ministre de justice de cibler les rivaux d’Erdogan. Depuis son arrivée à ce poste en octobre 2024, plus de 15 maires du CHP ont été arrêtés, certains pour des accusations de corruption qu’ils contestent. Ekrem İmamoglu lui-même fait face à plusieurs poursuites, dont celle d’avoir remis en question l’intégrité de M. Gurlek. L’ancien vice-ministre de la Justice Ozgur Ozel, dirigeant du CHP, est également visé par une enquête pour des allégations de menaces à l’encontre de M. Gurlek.
La nomination de M. Gurlek s’inscrit dans une campagne de répression perçue par l’opposition comme visant à affaiblir ses forces. Les partisans du CHP considèrent ces mesures comme une atteinte à l’indépendance de la justice turque, tandis que l’AKP défend l’action de leur nouveau ministre comme nécessaire pour lutter contre la corruption. Cette spirale de tensions risque d’approfondir une fracture politique déjà profonde, alors que la Turquie se prépare à des élections cruciales.
Les images de la bagarre au Parlement, diffusées en direct, ont illustré les divisions aiguës du pays. Les députés du CHP ont brandi des pancartes accusant M. Gurlek de « justice politique », tandis que les membres de l’AKP exigeaient « l’unité nationale ». Le président Erdogan, absent de la cérémonie, n’a pas encore commenté publiquement les incidents, mais ses alliés répètent que les décisions gouvernementales visent à « restaurer la légitimité de l’État ».
Cette nomination marque un tournant dans la stratégie du pouvoir, qui renforce des figures juridiques alignées sur sa vision, suscitant crainte et méfiance de la part de la société civile. L’avenir proche promet des confrontations intenses, tant sur les marchés turcs que dans les rues, où les militants du CHP s’opposent à un gouvernement accusé de concentrer le pouvoir.
Rédaction Kominotek NEWS

