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RN#2 bloquée : le Grand Sud contraint de survivre par la mer

Depuis près de deux ans, la fermeture de la Route nationale n°2, bloquée au niveau de Gressier par des groupes armés, a profondément bouleversé les déplacements entre la capitale haïtienne et le Grand Sud. Privée de cet axe routier essentiel, la population a dû se tourner vers la mer comme seule alternative viable, malgré les coûts élevés, les risques sécuritaires et les conditions de voyage éprouvantes.

Chaque matin, dès l’aube, des centaines de voyageurs se regroupent dans la zone du Champ-de-Mars à Port-au-Prince dans l’espoir d’obtenir une place à bord des véhicules blindés assurant le transfert vers l’Autorité Portuaire Nationale (APN). En l’absence de transport sécurisé, certains se rabattent sur des taxis-motos, malgré les dangers extrêmes liés aux attaques et aux braquages sur les axes routiers environnants.

Le trajet vers le port, bien que court en distance, reste périlleux. Les véhicules blindés progressent lentement à travers des routes dégradées, parfois impraticables, dans une atmosphère de tension permanente. À l’arrivée à l’APN, les usagers doivent encore franchir plusieurs contrôles de sécurité avant d’accéder aux embarcations assurant la liaison maritime vers le Sud.

À bord, les navires transportent aussi bien des passagers que des marchandises, véhicules et conteneurs. Les tarifs varient fortement pour le fret, oscillant entre plusieurs centaines et plusieurs milliers de dollars américains, tandis que le transport des personnes demeure l’un des rares services accessibles sans frais directs. Malgré cela, la surcharge et les conditions rudimentaires rendent le voyage long et éprouvant.

La traversée maritime, d’une durée moyenne de quatre à cinq heures jusqu’à Petit-Goâve, est devenue une véritable routine pour des milliers d’usagers. À bord, l’ambiance oscille entre résilience et fatigue. Certains passagers se reposent, d’autres discutent ou tentent d’oublier l’inconfort du trajet, tandis que des vendeurs improvisés proposent nourriture et boissons. La présence d’éléments armés, parfois sans uniforme, reflète toutefois le climat d’insécurité qui entoure également ce mode de transport.

Sur le plan environnemental, le parcours en mer met également en évidence une pollution préoccupante. Des déchets plastiques flottent à la surface de l’eau, soulignant l’absence de contrôle et de gestion durable des espaces maritimes utilisés.

À l’arrivée au port de Petit-Goâve, le voyage est loin d’être terminé. Les passagers doivent encore poursuivre leur route vers les départements du Sud à bord de minibus surchargés, circulant sur la Route nationale n°2 dans un état de dégradation avancée. Entre embouteillages, occupations anarchiques de la chaussée par des marchés informels et infrastructures routières détériorées, la progression reste lente et pénible.

Ce trajet, devenu une succession d’obstacles, illustre l’ampleur de la crise de mobilité qui touche le pays. Entre insécurité, effondrement des infrastructures et absence d’alternatives durables, la connexion entre la capitale et le Grand Sud repose désormais sur un système fragile et coûteux.

Pour de nombreux citoyens, une question demeure centrale : combien de temps encore la population devra-t-elle dépendre de la mer pour relier des régions pourtant vitales à l’équilibre économique et social du pays ?

Rédaction Kominotek NEWS

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