
La hausse persistante des prix en Haïti ne peut être comprise sans prendre en compte la crise politique qui secoue le pays depuis plusieurs années. C’est la principale conclusion d’une analyse de l’économiste Thomas Lalime, publiée dans Le Nouvelliste, et fondée sur des travaux récents de la Banque de la République d’Haïti.
Selon cette lecture, l’inflation en Haïti dépasse largement les explications classiques liées à la masse monétaire ou aux chocs extérieurs. Elle s’inscrit dans une dynamique structurelle où l’instabilité politique joue un rôle déterminant. Les données de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique illustrent cette tendance : l’indice des prix à la consommation a connu une progression mensuelle de 0,8 % entre janvier et février 2026, avec un taux d’inflation annuelle de 22,1 %, bien que légèrement en baisse par rapport au mois précédent.
Cette inflation s’inscrit dans un contexte paradoxal de récession économique prolongée depuis 2018. Ce phénomène, souvent qualifié de stagflation, combine ralentissement de l’activité et hausse continue des prix, aggravant la précarité des ménages et les incertitudes pour les entreprises.
L’étude sur laquelle s’appuie Thomas Lalime, menée notamment par les économistes Kensley Blaise et Jean Marie Cayemitte, met en évidence que les crises politiques répétées ont un impact direct sur les mécanismes de formation des prix. Les épisodes de blocage du pays, l’absence d’élections et des événements majeurs comme l’assassinat de Jovenel Moïse ont profondément perturbé les circuits économiques et fragilisé la confiance des acteurs.
D’autres facteurs, comme les politiques fiscales, les tensions sur le marché du travail ou encore la hausse des prix internationaux, sont également mentionnés. Toutefois, leur influence apparaît secondaire, agissant davantage comme des éléments aggravants dans un environnement déjà instable.
En définitive, cette analyse souligne que la lutte contre l’inflation en Haïti ne saurait se limiter à des mesures économiques classiques. Elle implique une réponse plus globale, centrée sur la stabilisation politique et le renforcement des institutions. Sans amélioration de la gouvernance, préviennent les experts, la pression sur les prix risque de se maintenir, traduisant les déséquilibres profonds qui affectent le pays.
Rédaction Kominotek NEWS

