
Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti met en lumière la persistance de l’insécurité et l’expansion territoriale des groupes armés. Selon les experts, les gangs de l’alliance Viv Ansanm ont résisté à l’intensification des opérations menées dans le centre-ville de Port-au-Prince et se sont redéployés vers la périphérie sud-ouest, notamment à Carrefour, où ils auraient mis en place des mécanismes de gouvernance parallèle.
Le document cite également l’ancien responsable de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN), Dimitri Hérard, dont le nom figure dans le régime de sanctions internationales. Les experts évoquent sa présence à Carrefour ainsi que les activités de plusieurs acteurs présumés impliqués dans le fonctionnement des réseaux criminels.
Dans son rapport, le Groupe d’experts affirme que « des chefs de gangs et d’autres criminels, dont Dimitri Hérard, continuent d’agir en toute liberté » dans la commune de Carrefour, malgré les sanctions internationales prises à son encontre. Ancien responsable de l’USGPN sous la présidence de Jovenel Moïse, Dimitri Hérard a fait l’objet de sanctions de l’ONU, des États-Unis et du Canada, notamment dans le contexte d’accusations liées au trafic d’armes et au soutien présumé à des groupes armés. Le rapport souligne ainsi les difficultés rencontrées par les autorités pour empêcher certains acteurs visés par des sanctions de poursuivre leurs activités. Les éléments rapportés doivent toutefois être distingués de toute conclusion judiciaire établissant une responsabilité pénale.
Le document onusien s’intéresse également aux circuits financiers empruntés par les groupes armés. Selon les experts, « les gangs ont eu recours aux agences bancaires situées à Carrefour pour effectuer diverses transactions, notamment le versement de rançons, dans un contexte d’augmentation des enlèvements ». Ces informations soulèvent des questions sur l’utilisation des circuits financiers formels dans le cadre d’activités criminelles. Elles ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à établir que les banques concernées auraient participé au blanchiment d’argent ou qu’elles auraient agi avec la complicité de personnes déterminées. L’ONU met ainsi en évidence les difficultés liées à la circulation des fonds provenant d’activités criminelles, alors que les enlèvements continuent de peser sur la population.
Le rapport élargit ses préoccupations aux relations présumées entre groupes armés, membres des forces de l’ordre et acteurs économiques. Au paragraphe 37, les experts indiquent que certains hommes d’affaires et policiers haïtiens en fonction profiteraient de l’instabilité, notamment au moyen de barrages routiers destinés à générer des revenus illicites. Le document évoque également des liens entre des gangs, notamment ceux associés à Tokyo, Simon Pelé et Ti Bwa, et certains policiers qui leur fourniraient des armes ou faciliteraient leurs déplacements. Selon les experts, ces pratiques compromettent les opérations de sécurité et permettraient à des chefs de gangs d’échapper aux arrestations. Ces constats mettent en évidence les obstacles auxquels font face les autorités dans leurs efforts pour reprendre le contrôle des territoires et lutter contre les réseaux criminels.
À Carrefour, les experts décrivent une situation marquée par la multiplication des points de contrôle illégaux et par l’influence des groupes armés sur la vie quotidienne. Selon le rapport, cette emprise territoriale réduit la capacité de l’État à assurer pleinement ses fonctions. Les difficultés ne se limiteraient pas à la région métropolitaine. Dans le Centre, les groupes 400 Mawozo et Canaan sont également mentionnés dans le contexte de l’emprise des gangs. Dans le Nord, le document fait état d’allégations de participation d’agents de la Brigade de sécurité des aires protégées (BSAP), sous la conduite d’Alex Jean-Pierre, à des activités de spoliation foncière. Ces éléments illustrent, selon les experts, l’étendue des défis sécuritaires et institutionnels auxquels le pays est confronté.
Le Groupe d’experts attire enfin l’attention sur la prolifération des groupes d’autodéfense et des « Brigadiers de Paix », que les autorités tentent de réglementer. Au paragraphe 40, le rapport avertit que plusieurs de leurs membres seraient impliqués dans des activités criminelles, conserveraient illégalement des armes et bénéficieraient de financements illicites. Les experts estiment que cette situation pourrait favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de gangs et prolonger les cycles de violence.
À travers ces observations, l’ONU met en garde contre une crise qui dépasse les affrontements entre groupes armés. L’expansion territoriale des gangs, les circuits financiers liés aux enlèvements et les liens présumés entre certains acteurs illustrent, selon le rapport, les difficultés persistantes à rétablir l’autorité de l’État et à garantir la sécurité de la population.
Rédaction Kominotek NEWS

