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Haïti : le trafic d’armes continue d’alimenter les groupes armés malgré l’embargo, selon l’ONU

Le trafic illicite d’armes et de munitions demeure un facteur majeur d’alimentation des groupes armés en Haïti. Dans un rapport rendu public, le Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti estime que, malgré les mesures prises par les autorités haïtiennes, américaines et dominicaines pour faire respecter l’embargo sur les armes, les réseaux de trafic continuent d’opérer avec une relative facilité.

Selon les experts, cette situation s’explique notamment par des failles dans les mécanismes de contrôle, mais aussi par des soupçons de corruption au sein de certains services publics. Les insuffisances observées aux différents points de passage contribueraient ainsi à maintenir un niveau élevé de circulation clandestine des armes vers Haïti.

Le rapport souligne que les circuits reliant les États-Unis à Haïti ne reposent pas nécessairement sur des procédés particulièrement sophistiqués. Certains trafiquants auraient ainsi acheté légalement des armes aux États-Unis, sous leur propre identité, auprès de vendeurs autorisés, avant de les faire parvenir en Haïti. Pour le Groupe d’experts, le recours à de telles méthodes témoignerait d’une perception d’un faible risque d’interception. Les faiblesses des contrôles aux différents points de passage constituent, selon lui, l’un des principaux facteurs permettant à ces réseaux de poursuivre leurs activités.

L’analyse de l’arsenal retrouvé auprès des groupes armés fait également apparaître une évolution des types d’armes utilisés. Les fusils semi-automatiques de calibre 5,56 x 45 mm auraient progressivement pris la place de certaines armes plus anciennes, tandis que les calibres 7,62 x 39 mm et 7,62 x 51 mm seraient de plus en plus présents.

Des fusils de calibre .50, encore considérés comme relativement rares, commencent également à apparaître au sein de certains groupes armés. Entre octobre 2025 et juin 2026, l’analyse de 1 200 cartouches saisies a par ailleurs permis d’identifier une provenance associée à plus de 30 fabricants répartis dans une vingtaine de pays. Ces données illustrent l’ampleur et la dimension internationale des circuits d’approvisionnement en munitions utilisés en Haïti.

À Port-au-Prince et dans certaines régions du pays, le commerce illicite des armes représente une activité particulièrement rentable. D’après le rapport, un pistolet de calibre 9 mm peut être vendu entre 2 000 et 4 000 dollars, tandis qu’un fusil semi-automatique de calibre 5,56 mm peut atteindre 8 000 dollars. Les applications de messagerie cryptée faciliteraient également les contacts entre vendeurs et acheteurs. Le Groupe d’experts mentionne notamment l’existence, en 2025, d’un groupe baptisé « Marché des armes », qui proposait des armes à des clients se trouvant notamment en Haïti et en République dominicaine.

L’Artibonite figure parmi les régions préoccupantes identifiées par les experts. Les gangs Gran Grif et Kokorat San Ras auraient accès à des armes issues de plusieurs sources : trafiquants établis à l’étranger, transferts entre groupes armés et détournements provenant des stocks de la Police nationale d’Haïti (PNH). Le rapport évoque également le soutien présumé de certains acteurs économiques et politiques à des groupes armés de la région. Il fait notamment référence aux liens déjà documentés concernant Prophane Victor et Youri Latortue, sans que ces éléments ne constituent en eux-mêmes une condamnation judiciaire.

Le Groupe d’experts accorde une attention particulière aux armes et munitions détournées des stocks de la PNH. Sur 336 cartouches de calibre 7,62 x 51 mm examinées après des saisies effectuées auprès de groupes armés en 2026, environ 70 % provenaient, selon les conclusions du rapport, des stocks de la police. En 2025, la PNH avait saisi 356 armes à feu. Toutefois, l’absence d’un système centralisé permettant d’assurer une gestion rigoureuse des armes saisies favoriserait, selon les experts, de nouveaux détournements.

Le rapport reconnaît néanmoins que plusieurs opérations ont permis d’intercepter des cargaisons et de procéder à des arrestations, notamment à Cap-Haïtien et à Saint-Marc. Plusieurs personnes soupçonnées d’avoir organisé des expéditions d’armes vers Haïti ont également été extradées vers les États-Unis. Malgré ces avancées, le Groupe d’experts estime que la lutte contre le trafic d’armes reste confrontée à d’importants obstacles. Le manque de ressources, les problèmes de corruption et les faiblesses du système judiciaire continueraient de limiter l’efficacité des contrôles et l’application de l’embargo. Pour les experts de l’ONU, la persistance de ces failles permet aux réseaux de trafic de maintenir leurs activités et contribue à l’approvisionnement des groupes armés qui alimentent l’insécurité dans le pays.

 

Rédaction Kominotek NEWS

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