
Derrière l’urgence des violences sexuelles qui s’abattent sur le pays, un phénomène encore plus troublant émerge dans les esprits : le recours croissant des pères à l’encontre de leurs propres filles, mettant en lumière un effondrement moral et institutionnel sans précédent. Ce fléau, longtemps masqué par le silence et la peur, est aujourd’hui un avertissement grave sur la dégradation des valeurs fondamentales d’une nation en crise.
Des témoignages affluent régulièrement, relayés par des réseaux de défense des droits humains et des médias engagés. Leur trame est toujours douloureuse : des enfants, des abus perpétrés par des figures parentales, dans un environnement de pauvreté abyssale et d’impunité totale. Les mères, souvent, se taisent, terrifiées par les répercussions sociales ou économiquement dépendantes des auteurs.
Juslène Lormeus, mère de quatre enfants, raconte l’effondrement de sa famille après les agissements de son ex-conjoint envers sa fille de 13 ans. « Quand elle m’a parlé de ce qui s’était passé, j’ai d’abord refusé de l’écouter, explique-t-elle. Mais les preuves matérielles, comme des tissus ensanglantés que j’ai découverts dans la maison, ont confirmé la vérité. » Le père, confronté à la réalité, a disparu, laissant la mère subir la stigmatisation de son quartier. « J’habite dans un endroit où les jugements sont omniprésents, poursuit-elle. Ma fille est déjà traitée comme si elle était responsable de ce qui lui est arrivé. »
Le système judiciaire, cependant, reste inefficace. Rares sont les affaires qui aboutissent à des condamnations, et les victimes, abandonnées à leur sort, ne trouvent ni soutien ni protection. Juslène exprime un profond mépris envers les autorités : « Je n’ai pas confiance en la justice, surtout après avoir entendu parler d’un cas similaire où l’agresseur a été libéré sans même être inquiété. »
Ce phénomène n’est pas isolé : il reflète l’effritement des structures familiales et l’absence totale de dispositifs de protection de l’enfance. Les institutions, dépourvues de ressources et de coordination, échouent à leurs missions fondamentales. L’État, désengagé, ne parvient même pas à garantir les droits les plus élémentaires.
Si la violence et la corruption sont monnaie courante, l’inceste est souvent réduit à une « anecdote », relégué dans les pages des faits divers. Pourtant, ces actes ne sont pas des exceptions : ils traduisent une dévastation systémique.
Pour enrayer cette spirale, une mobilisation inédite est exigée. Justice, associations, mouvements féministes, églises et citoyens doivent unir leurs forces pour rompre le mutisme, assurer la sécurité des victimes et punir les coupables. Mais surtout, il est impératif de reconstruire un édifice social basé sur l’éducation, le respect et la justice.
Tant que des enfants souffriront dans l’ombre, Haïti restera piégée dans un cycle de désespoir. Rester indifférent, c’est accepter l’effondrement de toute une génération. Il est temps de redonner un sens à l’avenir.
Rédaction Kominotek NEWS

