Un virage autoritaire : Bukele consolide son pouvoir avec une réforme constitutionnelle

Le 31 juillet dernier, le Congrès salvadorien a adopté un amendement constitutionnel marquant un tournant majeur dans l’histoire politique du pays. Cette réforme abolit la limitation des mandats présidentiels, prolonge leur durée à six ans, supprime le second tour des élections et synchronise toutes les élections à partir de 2027. Ces changements, approuvés par 57 députés proches du président Nayib Bukele contre 3 voix de l’opposition, modifient plusieurs articles de la Constitution salvadorienne, ouvrant ainsi la voie à une réélection potiellement sans fin pour le chef de l’État, largement réélu en 2024.
La réforme a été soumise à un vote dans le cadre d’une procédure accélérée, alors que le pays entrait dans une période de vacances d’été. Elle prévoit également de raccourcir le mandat actuel du président, qui prendra fin en 2027, deux ans plus tôt que prévu, afin d’aligner les élections présidentielle, législatives et municipales. Selon le décret voté, il est « urgent et inévitable de synchroniser les calendriers électoraux en portant la durée de la présidence à six ans, combinée à une réélection sans restrictions ».
Pour les partisans de Bukele, cette réforme est un pas historique. La députée pro-Bukele Ana Figueroa a qualifié le texte de « réforme historique », affirmant que « c’est très simple, peuple salvadorien. Vous seuls pourrez décider jusqu’à quand vous soutiendrez votre président ». Cependant, pour l’opposition, cette réforme sonne le glas de la démocratie. Lors d’une séance plénière, la députée Marcela Villatoro a dénoncé avec force le processus, déclarant : « Aujourd’hui, la démocratie est morte au Salvador. Les masques sont tombés. Ce sont des cyniques ».
Noah Bullock, directeur exécutif de l’ONG Cristosal, a également critiqué cette réforme, la qualifiant de « chemin bien tracé des autocrates ». Il a déclaré à Reuters : « La veille des vacances, sans débat, sans informer le public, lors d’un seul vote législatif, ils ont changé le système politique pour permettre au président de se perpétuer au pouvoir indéfiniment ».
Nayib Bukele, âgé de 44 ans, reste extrêmement populaire au Salvador, notamment pour sa politique sécuritaire jugée efficace contre les gangs redoutés, les « maras ». Depuis 2022, l’état d’exception en vigueur a permis l’arrestation sans mandat de quelque 87 000 personnes. Cependant, des organisations comme Cristosal et Socorro Jurídico dénoncent les détentions arbitraires et affirment que quelque 430 détenus sont morts en prison.
Avec cette réforme, le Salvador rejoint désormais une liste de pays où les mandats présidentiels ne sont pas limités, tels que l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Italie, la Russie, l’Espagne, le Cameroun, l’Australie, la Guinée équatoriale, l’Arabie saoudite, la Chine, les Émirats arabes unis, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Nord, Cuba, l’Ouganda et Singapour, entre autres.
Rédaction Kominotek NEWS

