Menace environnementale en Haïti : l’exploitation minière d’Unigold à Dajabón suscite l’inquiétude

Le Groupe d’actions francophones pour l’environnement (GAFE) alerte depuis plusieurs mois les autorités haïtiennes sur les dangers environnementaux liés à un projet d’extraction d’or mené par la compagnie canadienne Unigold dans la région frontalière de Dajabón, en République dominicaine. Selon David Tilus, ingénieur et directeur exécutif de cette organisation, la décision des autorités dominicaines d’accorder un permis à Unigold pourrait avoir des conséquences dramatiques sur l’écosystème haïtien, en particulier sur les bassins versants du fleuve Artibonite et de la rivière Massacre, deux cours d’eau vitaux pour les populations locales.
« Les autorités dominicaines sont sur le point de valider ce projet, mais personne ne semble s’inquiéter des répercussions transfrontalières », dénonce David Tilus. Il souligne que l’exploitation minière à Dajabón pourrait entraîner une contamination des rivières par des résidus toxiques, une dégradation des sols et une perte d’équilibre écologique. Malgré les multiples mises en garde, les responsables haïtiens, rappelle-t-il, n’ont toujours pas pris de mesures concrètes pour demander à leurs homologues dominicains de publier l’étude d’impact environnemental (EIE) de ce projet, exigence fondamentale pour évaluer les risques.
Jacques Henrilus Jean, porte-parole de l’organisation « Tèt kote ti peyizan », appelle les citoyens haïtiens à s’unir pour protester contre cette initiative. « Il est impératif que nos gouvernants assument leurs responsabilités et défendent les intérêts de notre peuple », insiste-t-il. Pour lui, l’eau, déjà un enjeu critique dans un pays où près d’un tiers de la population ne dispose pas d’un accès sûr, ne doit pas être menacé par des activités extractives irresponsables.
En février 2024, la Concertation pour Haïti (CPH), une coalition québécoise soutenant les mouvements écologistes, avait déjà alerté sur les dangers de ce projet. L’organisation soulignait alors que l’extraction d’or à Dajabón pourrait non seulement polluer les ressources hydriques, mais également accélérer la désertification des zones agricoles dépendantes de ces cours d’eau.
Unigold, cotée à la Bourse de Toronto, vise l’exploitation de la concession Candelones, estimée à environ 2,25 millions d’onces d’or. Une ressource potentiellement lucrative, mais à un coût environnemental colossal. Depuis son arrivée à la tête du ministère de l’Environnement le 2 mars 2026, Valery Fils-Aimé est désormais chargé de gérer cette crise. Ses déclarations sur le sujet restent à suivre, tout comme l’évolution des négociations entre les deux pays.
Les activistes haïtiens réclament une action immédiate pour protéger les écosystèmes locaux et garantir une gestion durable des ressources naturelles. « Nous ne sommes pas contre l’extraction minière », explique David Tilus, « mais une telle activité doit être encadrée par des normes strictes et des consultations publiques transparentes. » Une position partagée par de nombreux experts, qui rappellent que la préservation des écosystèmes est essentielle pour la survie d’un pays comme Haïti, vulnérable aux aléas climatiques.
Rédaction Kominotek NEWS

