
Célébrant le lancement des 16 jours d’activisme international contre les violences faites aux femmes et aux filles, l’organisation féministe Marijàn a alerté, mercredi dernier, sur une escalade inquiétante des agressions liées au genre (GLB) en Haïti. Selon des données mises en évidence par l’entité, le pays fait face à une crise humanitaire aiguë, avec des chiffres record qui soulignent l’urgence de mesures législatives et sociales renforcées.
En 2024, Marijàn a recensé un total de 6 488 cas de violences de genre, portant atteinte à des femmes et des filles dans des contextes variés. Cependant, la tendance s’est encore aggravée en 2025 : entre janvier et juin de cette année, 4 852 nouvelles plaintes ont été enregistrées, soit une augmentation de plus de 75 % par rapport à la même période de l’année précédente. Ces données, présentées lors d’un point de presse à Port-au-Prince, ont mis en lumière la vulnérabilité accrue des groupes les plus exposés, notamment les femmes déplacées suite aux conflits, aux catastrophes naturelles ou à la crise économique.
« La majorité des victimes signalées en 2025 appartiennent à des communautés marginalisées, souvent privées d’accès aux services de santé, de justice et de sécurité », a déclaré une porte-parole de Marijàn. L’organisation souligne que ces femmes, vivant dans des conditions précaires ou dans des camps d’accueil, sont plus exposées aux agressions physiques, sexuelles et psychologiques. Les agresseurs, dans de nombreux cas, échappent à toute poursuite judiciaire en raison de l’incapacité des autorités à mener des investigations efficaces, aggravant ainsi l’impunité.
Pour Marijàn, cette hausse exponentielle des violences de genre illustre l’échec des institutions nationales à protéger les droits fondamentaux des femmes. L’organisation exige une réforme urgente du système judiciaire, un renforcement des unités de police spécialisées et une sensibilisation accrue de la population sur les mécanismes de signalement. Elle appelle également à des partenariats entre l’État et les ONG pour déployer des centres d’écoute et de réparation en milieu rural, où les inégalités sont les plus criantes.
Les 16 jours d’activisme, lancés en 1991, constituent pour Marijàn une opportunité de mobiliser les citoyens, les élus et les organisations internationales. Des campagnes de distribution de mallettes de sécurité, des ateliers sur les droits des femmes et des marches symboliques sont prévues dans plusieurs départements du pays. « Notre objectif est de transformer le déni en action concrète. Chaque victime mérite justice, chaque communauté mérite de vivre en paix », a insisté une responsable de l’organisation.
Ces chiffres, malgré leur gravité, ne reflètent peut-être qu’une fraction des agressions réelles, car de nombreux cas restent non déclarés. Les défis liés à la stigmatisation sociale, à l’analphabétisme ou à la peur de représailles freinent la dénonciation. Marijàn appelle donc à une approche holistique, combinant éducation, prévention et soutien post-incident.
En conclusion, l’alerte lancée par Marijàn ne peut être ignorée. Le contexte haïtien, marqué par l’insécurité et la précarité, exige une réponse collective et durable. Les violences de genre ne sont pas seulement un fléau social, mais un frein au développement humain et économique du pays. « Nous refusons que les femmes haïtiennes continuent de souffrir en silence. Leur dignité est notre combat », a martelé l’organisation lors de son communiqué.
Rédaction Kominotek NEWS

