
Le 5 août dernier, la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MSS) a publié un communiqué dans lequel elle affirme avoir renforcé sa présence sécuritaire en Haïti, en collaboration avec la Police nationale d’Haïti (PNH). Selon ce texte, des patrouilles mobiles et statiques ont été déployées dans la capitale et plusieurs zones stratégiques du pays. Ces mesures auraient permis, selon la mission, d’assurer la tenue des examens officiels du NS4 sans incidents, de sécuriser des infrastructures clés comme l’aéroport international et le port, et de rouvrir des routes stratégiques dans des secteurs comme Delmas, Téléco, Kenscoff, Furcy et Pétion-Ville.
Le communiqué met également en avant la mise en place de bases opérationnelles avancées (FOBs) dans le centre-ville, à Pont Sondé et à l’Académie de Police. Ces bases viseraient à renforcer la réactivité et la présence des troupes dans les zones sensibles. Cependant, pour une partie croissante de la population et des analystes locaux, ce bilan dressé par la MSS ne reflète pas la réalité sur le terrain. Selon eux, le tableau brossé par la mission occulte les revers et donne une image artificiellement optimiste de la situation.
Depuis le déploiement du contingent kényan en Haïti en juin 2025, les groupes armés n’ont pas reculé. Au contraire, de nouveaux territoires sont passés sous leur contrôle, notamment dans l’Artibonite, à Canaan, à Tabarre et même à proximité de la Route de l’Aéroport. Selon le dernier rapport de l’Organisation des États américains (OEA), plus de 90% de la capitale serait aujourd’hui contrôlée par des groupes criminels. Malgré quelques zones dites « pacifiées », les réseaux armés ont consolidé leur emprise sur le territoire, avec des armes de plus en plus lourdes et des stratégies plus audacieuses.
Les récentes attaques contre le commissariat de Pont Sondé, Mirebalais, les tentatives d’assaut sur le quartier de Téléco, le kidnapping d’enfants handicapés et de personnels de l’orphelinat « nos Petits-Frères et Soeurs » à Obléon-Kenscoff, dont une ressortissante irlandaise, ainsi que l’enlèvement de 5 personnels de l’UNICEF, montrent l’étendue des capacités de nuisance des gangs et la fragilité des forces de sécurité déployées.
Le dernier rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), publié en juillet, révèle une situation alarmante : plus de 1,3 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays, soit une augmentation de 24% par rapport à décembre 2024. Ces déplacés, majoritairement des femmes et des enfants, sont souvent relogés dans des conditions précaires, notamment dans des écoles abandonnées, des églises ou des camps improvisés. Beaucoup ont été déplacés à plusieurs reprises au cours des six derniers mois.
Alors que la MSS évoque des progrès, de la coordination et de la solidarité diplomatique, la réalité sur le terrain décrite par les populations locales et les analystes est bien différente. Les critiques soulignent une inefficacité opérationnelle, des retards logistiques, et une déconnexion totale entre les déclarations officielles et la détresse populaire. Seulement 1 000 agents ont été effectivement déployés, loin des 2 500 promis initialement. Pendant ce temps, les policiers de la MSS multiplient les formations sur les « droits humains » et les cadres participent à des réunions interminables dans des hôtels climatisés de Pétion-Ville, tandis que les populations fuient les massacres à Savane Pistache, à Pacot, à Cité Plus, à Carrefour-Feuilles, à Lascahobas et ailleurs.
Le communiqué du 5 août, signé par le porte-parole Jack Ombaka, se termine sur une note lyrique : « La MSS reste déterminée à soutenir Haïti dans la reconquête de sa dignité, de sa sécurité et de sa place dans le monde. » Cependant, pour beaucoup d’Haïtiens, ces paroles sonnent creux, voire insultantes. Quelle dignité pour une mère contrainte de fuir son quartier avec ses enfants sous les balles ? Quelle sécurité pour les déplacés de Delmas 33 ou de Solino, qui dorment à même le sol, sans eau ni latrines ?
Le dernier communiqué de la MSS ne convainc que ceux qui veulent y croire. Il flatte les partenaires internationaux, rassure les bailleurs de fonds, et alimente la rhétorique diplomatique. Mais il trahit les faits : l’insécurité progresse, les gangs s’enracinent, et la population souffre. À l’heure actuelle, la mission internationale semble plus préoccupée par sa propre justification que par sa mission première : protéger les civils et restaurer la souveraineté d’un État en défaillance.
Rédaction Kominotek NEWS

