
En Haïti, la circulation de cartes d’identification nationale falsifiées ne cesse de s’accentuer, menaçant à la fois la sécurité financière et l’intégrité des processus électoraux. Ces documents frauduleux, créés par des escrocs ou des particuliers, permettent de percevoir des transferts d’argent, de réaliser des transactions bancaires et pourraient même être utilisés pour voter lors des prochaines élections.
Officiellement, la Carte d’identification nationale unique (CINU), introduite en 2017 sous la présidence de Jovenel Moïse, est équipée d’une puce électronique lisible par des appareils spécialisés. Cependant, la majorité des institutions haïtiennes ne disposent pas des outils nécessaires pour vérifier l’authenticité de ces cartes. Dans la pratique, les banques, les sociétés de transfert d’argent et les services publics acceptent sans contrôle des cartes en PVC, imprimées avec de l’encre et fabriquées à l’aide de logiciels de retouche d’image.
L’Office national d’identification (ONI) reconnaît l’existence de ce problème. Son directeur technique, Reynaldo Camilus, indique que de nombreux citoyens se plaignent après avoir découvert que leur numéro d’identification avait été utilisé à leur insu. Ce stratagème est souvent dévoilé lorsque les fraudeurs se présentent à la Direction de l’immigration pour demander un passeport : les agents constatent alors qu’une autre personne possède déjà le même numéro.
Une enquête menée par Ayibopost a mis en lumière l’ampleur de cette pratique. Selon ce média, plusieurs cartes falsifiées circulent avec des numéros identiques et servent parfois à soutenir des demandes de passeport. Bien que ces documents soient aisément identifiables après un examen attentif, leur usage persiste en raison du manque de mécanismes de détection efficaces au sein des institutions financières et administratives.
Les conséquences potentielles sur les élections sont particulièrement inquiétantes. De nombreux décès ne sont pas enregistrés en Haïti, laissant les noms des défunts figurer sur les listes électorales. Dans un pays où la participation électorale tourne autour de 20 %, ces failles structurelles offrent la possibilité de votes massifs au nom de citoyens décédés ou vivants à leur insu, exacerbant ainsi la fragilité d’un système électoral déjà marqué par des contestations.
La CINU, qui devait renforcer la sécurité grâce à des données biométriques comme les empreintes digitales et l’iris, reste sous-exploitée. Peu d’institutions sollicitent l’ONI pour authentifier les pièces, et rares sont celles équipées de lampes UV capables de révéler les éléments de sécurité intégrés. Dans ce vide de contrôle, les faussaires continuent de trouver un terrain propice à leurs activités.
Rédaction Kominotek NEWS

