Haïti figure parmi les 15 pays où la perception de la corruption dans le secteur public est la plus élevée, selon le rapport annuel 2024 de Transparency International. Face à ce problème endémique, lutter contre la corruption devient plus que jamais un impératif. C’est dans cet esprit que l’Office de la Protection du Citoyen (OPC), en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a organisé un atelier de formation destiné aux journalistes. L’objectif principal de cette initiative, tenue le lundi 31 mars 2025 à l’Hôtel Kinam à Pétion-Ville, était de renforcer les capacités des professionnels des médias à documenter et dénoncer les actes de corruption qui minent le pays.
Plus de vingt journalistes ont participé à cette journée de sensibilisation, axée sur le rôle clé de la presse dans la lutte contre la corruption et la promotion des droits humains. Cet événement a permis aux participants de mieux appréhender leur rôle central dans l’éradication de ce fléau, qui sape les fondements de la société haïtienne.
Lors de son intervention, le Protecteur du citoyen, Jean Wilner Morin, a souligné l’importance de la presse dans la dénonciation des pratiques illicites. Selon lui, en mettant en lumière les actes de corruption, les journalistes exercent une pression salutaire sur les institutions judiciaires, les incitant à poursuivre les responsables. Morin a insisté sur le fait que la corruption, qu’elle soit de grande ou de petite ampleur, fragilise l’État de droit et affaiblit les structures sociales.
Pour sa part, Jacques Desrosiers, représentant de la presse au Conseil électoral provisoire (CEP) et ancien cadre de l’OPC, a encouragé les journalistes à s’engager activement dans ce combat. Il a mis en avant l’importance pour les professionnels des médias de disposer d’outils adaptés pour mener efficacement leurs enquêtes et sensibiliser l’opinion publique.
Atzer Alcindor, l’un des formateurs de l’atelier, a quant à lui rappelé les limites du rôle des journalistes. Il a prévenu contre les dérives potentielles, insistant sur le fait que les journalistes ne doivent pas se substituer aux tribunaux. « Votre mission est de rapporter les faits avec rigueur et impartialité, sans stigmatiser ou exonérer quiconque. C’est aux juges de trancher », a-t-il déclaré.
L’atelier a également permis aux participants d’explorer les cadres juridiques nationaux et internationaux régissant la lutte contre la corruption. Les discussions ont porté sur les institutions de contrôle, les mécanismes de signalement et les bonnes pratiques pour enquêter et documenter les cas de corruption.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large visant à renforcer les capacités de la presse haïtienne. L’OPC et le PNUD réaffirment ainsi leur engagement en faveur d’une presse mieux outillée et plus proactive, essentielle pour promouvoir une gouvernance transparente et consolider l’État de droit.
Par ailleurs, Eliakim Cangé, coordinateur de l’OPC, a annoncé que des formations similaires avaient déjà été organisées, notamment au Cap-Haïtien, à destination des fonctionnaires de l’État. Il a également évoqué la création prochaine d’une cellule de sensibilisation, chargée d’organiser des causeries, des débats et des sessions de formation dans divers milieux, comme les écoles, les universités et les organisations de la société civile. Enfin, une unité de suivi sera mise en place pour collaborer étroitement avec les tribunaux et les organes de contrôle.
Cette initiative témoigne d’une volonté commune de mobiliser tous les acteurs de la société haïtienne contre la corruption, un enjeu majeur pour l’avenir du pays.
Rédaction Kominotek NEWS