
La situation dans le Bas-Artibonite, une région clé pour la sécurité alimentaire d’Haïti, suscite de profondes préoccupations, comme l’a révélé la journaliste Bertide Horace lors d’une interview sur la station radiophonique Magik 9. Selon ses analyses, près de 90 % du territoire de cette zone est désormais sous le joug de groupes armés, dont les plus actifs sont les Taliban de Mawozo et le gang Gran Grif. Ces organisations, engagées dans des conflits violents entre les localités de La Chapelle, Verrettes et Petite-Rivière-de-l’Artibonite, imposent une terreur quotidienne aux populations, marquée par des attaques ciblées, des incendies d’habitations, et l’exode forcé de milliers de citoyens.
Les affrontements, souvent déclenchés pour le contrôle de ressources ou de routes stratégiques, ont transformé ces villages en théâtres de guerre, où la vie civile s’effrite sous le poids des balles et des menaces.
La journaliste a souligné que l’insécurité dans la basse plaine de l’Artibonite repose sur un double vide : l’absence d’action étatique et le désengagement des autorités locales. Cette négligence a permis aux gangs de s’emparer des jeunes désœuvrés, souvent issus du secteur agricole, pour les recruter dans leurs rangs. De nombreux adolescents, privés de perspectives professionnelles et de soutien social, trouvent dans ces groupes une alternative fallacieusement attirante, malgré les dangers qu’ils représentent. Le recrutement forcé ou l’endoctrinement de ces jeunes fragilise davantage la région, alimentant des cycles de violence interminables.
Un des éléments les plus alarmants est l’impact sur la vallée rizicole, cœur économique de la région. Cette zone, qui produit une part essentielle du riz consommé par la population haïtienne, est désormais menacée par l’expansion des gangs. Les champs, autrefois symboles de prospérité, sont abandonnés ou détruits, tandis que les cultivateurs fuient leurs terres. La perte de cette ressource agricole stratégique pourrait aggraver une crise alimentaire déjà critique en Haïti, un pays dépendant de la production locale pour subvenir aux besoins de ses habitants.
Bertide Horace a insisté sur le fait que l’effondrement du Bas-Artibonite est inévitable si aucune intervention concrète n’est engagée. La faiblesse des institutions publiques, l’absence de plan d’urgence et le manque d’investissements dans la jeunesse aggravent la situation. « Sans une mobilisation immédiate de l’État et des acteurs locaux, le chaos deviendra irréversible », a-t-elle averti. Pourtant, les appels à l’aide restent lettre morte, confrontés à des réponses diluées et une gestion politique souvent déconnectée des réalités sur le terrain.
Les habitants de la région vivent dans la terreur, sans espoir de retrouver la paix prochainement. Les écoles sont fermées, les routes bloquées, et les services de santé rudimentaires. Les rares initiatives de solidarité communautaire ne parviennent pas à compenser le vide laissé par l’État. La situation dans le Bas-Artibonite devient un exemple tragique des conséquences d’une gouvernance défaillante et d’un désinvestissement chronique dans les zones rurales. Toute solution durable exigera une réforme profonde du secteur sécuritaire, une relance économique priorisant la jeunesse, et une réconciliation nationale capable de mobiliser les ressources nécessaires pour réparer les dégâts. Autant d’actions qui, à l’heure actuelle, restent des vœux pieux en l’absence de volonté politique claire.
Rédaction Kominotek NEWS

