
Le Bas Artibonite, une région stratégique du nord-ouest haïtien, est plongée dans un chaos sécuritaire inquiétant, selon un avertissement lancé début décembre 2025 par Jean Wilner Morin, le Protecteur du citoyen (OPC), à l’attention du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Dans une missive officielle envoyée le 2 décembre, Morin souligne une escalade alarmante de la violence armée qui affecte gravement la population civile et menace la stabilité de tout le département. Les communes de Saint-Marc, Montrouis et Pont-Sondé figurent parmi les zones les plus touchées par ce délabrement sécuritaire, où les actes de brigandage, les enlèvements et les affrontements entre groupes armés se multiplient sans relâche.
L’Office du Protecteur du Citoyen déplore un manque d’action concerté des autorités pour contenir la situation. « Les habitants vivent dans la terreur, sans accès à des services de base comme la santé, l’éducation ou même l’eau potable », indique l’OPC dans son communiqué. Les routes sont souvent bloquées par des barrages improvisés tenus par des milices locales, rendant l’approvisionnement en denrées alimentaires difficile. La situation s’est encore aggravée avec l’arrivée de nouveaux groupes armés originaires d’autres régions du pays, attirés par les ressources naturelles de la zone et l’impunité relative.
Selon des sources locales, les forces de sécurité, déjà sous-dimensionnées, peinent à maintenir un semblant d’ordre. Les habitants de Saint-Marc, bastion historique de la région, racontent des histoires de menaces quotidiennes et de biens saisis par la violence. « On ne sort plus la nuit, on ne laisse même pas nos enfants jouer dans les rues », témoigne une résidente. À Montrouis, des commerçants ont dû abandonner leurs activités après des attaques répétées. Le secteur agricole, pilier de l’économie locale, subit lui aussi les conséquences indirectes de cette crise, avec des récoltes détruites et des terres rendues inutilisables par les conflits.
Jean Wilner Morin insiste sur l’urgence d’une intervention décisive de l’État. Il exige la création d’une commission spéciale chargée d’enquêter sur les responsables de ces actes de violence, ainsi que l’envoi d’unités militaires pour sécuriser les zones les plus vulnérables. « Sans une réponse rapide et robuste, le Bas Artibonite risque de devenir un État dans l’État, échappant totalement au contrôle du gouvernement », a-t-il averti.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’a pas encore commenté cette alerte, mais des membres de son gouvernement ont rappelé, lors d’une récente conférence de presse, leurs efforts pour renforcer la sécurité dans le nord du pays. Cependant, les critiques de l’OPC soulignent un écart entre les déclarations et les actions concrètes. La communauté internationale, notamment les partenaires de développement, est appelée à jouer un rôle plus actif pour soutenir les initiatives locales.
Ce drame sécuritaire dans le Bas Artibonite illustre les défis persistants d’une Haïti fragilisée par des divisions politiques et une insécurité endémique. Les habitants, désormais désespérés, ne demandent qu’un retour à la paix et à la dignité. Toute hésitation supplémentaire de la part des autorités pourrait, selon l’OPC, sceller le destin d’une région entière.
Rédaction Kominotek NEWS

