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Haïti : l’ONU met en cause Jean-Charles Moïse dans le commerce illicite des civelles

Le commerce des civelles, ces jeunes anguilles particulièrement recherchées sur les marchés internationaux, apparaît au cœur d’un nouveau volet du rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti. Dans son document final, le Groupe décrit une filière peu réglementée, opaque et exposée à la corruption, et attribue à l’ancien sénateur du Nord et dirigeant de Pitit Dessalines, Jean-Charles Moïse, un rôle central dans ce secteur.

Selon les experts, la vulnérabilité de cette activité est notamment liée au fait qu’Haïti n’est pas partie à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, connue sous le sigle CITES. Cette situation, soulignent-ils, contribue à exposer davantage la filière aux activités illicites.

Le rapport rappelle l’importance économique du commerce des civelles. Ces jeunes anguilles peuvent atteindre plusieurs milliers de dollars par kilogramme sur les marchés internationaux, alors que leur prix d’achat auprès des pêcheurs haïtiens reste très faible. Dans un précédent rapport, les experts estimaient leur valeur internationale entre 3 000 et 5 000 dollars le kilogramme, contre environ 0,34 à 1,70 dollar payé localement. C’est dans ce contexte que le Groupe d’experts affirme que le secteur haïtien serait principalement dominé par Jean-Charles Moïse, présenté dans le rapport comme un homme d’affaires originaire du Nord, secrétaire général de Pitit Dessalines, ancien candidat à la présidence et ancien sénateur du Nord.

Le rapport indique que les permis d’exportation de civelles sont délivrés au début de chaque saison de pêche, qui s’étend généralement de septembre à mars. D’après les sources interrogées par les experts, le réseau associé à M. Moïse exercerait une influence sur les personnes affectées au bureau chargé de délivrer ces autorisations. Le Groupe d’experts affirme également que cette influence ne se limiterait pas à l’obtention des permis. Selon ses conclusions, M. Moïse exercerait une influence politique et économique sur différentes étapes de la chaîne, de l’approvisionnement jusqu’à la commercialisation. Certains de ses anciens associés, auxquels des permis auraient été refusés, seraient par ailleurs devenus ses rivaux dans le secteur, selon les informations recueillies par les enquêteurs.

Le document fait aussi état de pressions qui auraient été exercées sur certains fonctionnaires, notamment au sein de l’administration agricole et des services douaniers. Selon les témoignages recueillis par le Groupe d’experts, certains agents des douanes auraient subi des mutations après avoir refusé de répondre favorablement à des demandes attribuées à M. Moïse. Le rapport évoque également des demandes présumées liées à la fraude fiscale ainsi que des accusations de versement de pots-de-vin. Ces éléments reposent sur des témoignages et des informations recueillies dans le cadre de l’enquête des experts. Ils constituent les conclusions du Groupe d’experts et ne doivent pas être présentés comme une condamnation judiciaire de Jean-Charles Moïse.

L’un des aspects les plus sensibles du rapport concerne la dimension transnationale attribuée à cette activité. Les experts affirment que M. Moïse dirigerait un réseau d’exportateurs illicites relié à une structure régionale opérant dans les eaux des Caraïbes.

Le Groupe estime que ces activités contribueraient à affaiblir l’économie haïtienne tout en favorisant des réseaux de contrebande actifs dans la région. Les enquêteurs expliquent avoir approfondi leur compréhension du fonctionnement de cette filière lors de leurs investigations sur des incidents liés à la saison 2024-2025. Le rapport évoque notamment un incident survenu le 20 décembre 2024 dans la région de Fort-Liberté, qui aurait apporté des éléments supplémentaires sur le fonctionnement du réseau.

Selon les experts, certaines civelles provenant de fournisseurs illicites auraient été mélangées à d’autres stocks avant leur exportation, avec pour objectif de les présenter comme provenant exclusivement d’Haïti. Le rapport fait également état de l’implication présumée de certains acteurs haïtiens et dominicains dans les opérations de transport et d’exportation clandestine.

Au-delà du cas de Jean-Charles Moïse, le rapport met en évidence les faiblesses structurelles qui entourent le commerce des civelles en Haïti. Pour les experts, l’absence d’un cadre réglementaire suffisamment robuste et le manque de contrôle rendent cette ressource particulièrement vulnérable à la contrebande et aux réseaux organisés. Le Groupe d’experts estime ainsi que la situation restera difficile à maîtriser tant que les mécanismes de réglementation, de traçabilité et de contrôle ne seront pas renforcés.

 

Rédaction Kominotek NEWS

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