Assassinat de Jovenel Moïse : le procès de Christian Emmanuel Sanon s’ouvre à Miami

Le procès fédéral de Christian Emmanuel Sanon, dans le dossier de l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse, est entré dans une nouvelle phase lundi à Miami avec le début de la sélection du jury. Plus d’une centaine de jurés potentiels ont été convoqués au palais de justice Wilkie D. Ferguson Jr., au centre-ville.
Âgé de 67 ans, le pasteur haïtiano-américain, qui vivait entre le sud de la Floride et Haïti, est accusé par les procureurs américains d’avoir participé à une conspiration visant à renverser Jovenel Moïse et à prendre le pouvoir en Haïti.
Selon l’accusation, le projet aurait pris forme dans le sud de la Floride et impliqué plusieurs pays, notamment la Colombie, l’Équateur et la République dominicaine. Les procureurs affirment que Sanon et ses associés auraient cherché à recruter et à envoyer en Haïti une équipe destinée à mener une opération contre le président. Ils soutiennent également que le groupe envisageait de remplacer Jovenel Moïse par un dirigeant susceptible de lui attribuer, ainsi qu’à ses alliés, des contrats dans les secteurs de la sécurité et des infrastructures.
Sanon fait également face à des accusations liées à l’expédition illégale de gilets pare-balles vers Haïti, destinés aux commandos colombiens que les procureurs affirment avoir été recrutés pour l’opération. Il lui est aussi reproché d’avoir fourni des informations trompeuses concernant cet envoi. Le chef d’accusation de complot est passible, en cas de condamnation, d’une peine pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité.
Le dossier de Sanon a connu plusieurs évolutions depuis le début de la procédure américaine. Il devait initialement comparaître avec quatre autres accusés : Antonio « Tony » Intriago, Arcángel Pretel Ortiz, Walter Veintemilla et James Solages. Le dossier du pasteur avait toutefois été séparé le 6 mars 2026 pour des raisons de santé, entraînant le report de son procès.
Après près de neuf semaines de procès, les quatre autres accusés ont été reconnus coupables en mai d’avoir conspiré avec d’anciens militaires colombiens dans le cadre de l’assassinat de Jovenel Moïse. Leur condamnation a été reportée à février 2027 et ils encourent eux aussi la prison à vie. Sanon se retrouve donc désormais seul face aux accusations portées contre lui, tandis que l’enquête fédérale s’est élargie à d’autres personnes soupçonnées d’avoir contribué au financement ou à la logistique du projet.
Cette extension du dossier intervient après le transfert vers les États-Unis, la semaine précédente, de 18 suspects détenus en Haïti, dont 17 anciens militaires colombiens et Joseph Félix Badio, ancien responsable du gouvernement haïtien. Ces personnes figurent parmi les 29 nouveaux accusés mentionnés dans un acte d’accusation de remplacement. Badio est déjà apparu dans la procédure américaine comme une figure centrale du dossier.
Plusieurs de ces nouveaux accusés ont également fait l’objet d’audiences consacrées à leur maintien en détention. L’audience de Badio a notamment été reportée au 14 octobre en raison d’une question concernant son avocat. L’homme d’affaires Samir Handal, également poursuivi dans le dossier, a pour sa part demandé sa libération sous caution. Son avocat, Paul Petruzzi, a proposé une caution d’un million de dollars et des restrictions importantes sur ses déplacements, limités notamment aux rendez-vous médicaux, judiciaires et religieux.
Au cours du procès, l’accusation entend soutenir que Sanon aurait joué un rôle central dans la constitution du groupe impliqué dans le projet contre Jovenel Moïse. Les procureurs affirment notamment qu’il aurait participé à la mobilisation de fonds, à l’organisation de déplacements et d’hébergements en Haïti pour plusieurs membres du groupe, ainsi qu’à l’acquisition d’armes, de munitions et de protections balistiques.
Ils soutiennent également que des collectes de fonds auraient été réalisées, notamment auprès de bénéficiaires de prêts gouvernementaux accordés durant la période de la pandémie. Selon leur version des faits, l’ensemble de ces ressources aurait contribué à préparer l’opération menée dans la nuit du 7 juillet 2021 contre la résidence privée de Jovenel Moïse.
La défense de Christian Emmanuel Sanon devra désormais répondre à ces accusations devant le tribunal fédéral. Le procès devra déterminer, sur la base des éléments présentés par les deux parties, quelle responsabilité peut être légalement retenue à son encontre dans l’affaire de l’assassinat de l’ancien président haïtien.
Rédaction Kominotek NEWS

