
Le 13 mars 2026, un épisode marquant de violence a touché la presse haïtienne à Village de Dieu, un quartier de Port-au-Prince connu pour son instabilité. Osnel Esperance, journaliste à Uni FM, et Junior Celestin, collaborateur de Radio Megastar, ont été enlevés par le groupe armé « 5 Secondes », dirigé par un individu surnommé Izo. L’incident a eu lieu à midi, en plein jour, alors que les deux reporters se rendaient dans le quartier pour réaliser un reportage. Selon des témoignages recueillis sur place, les deux hommes se seraient rendus sur les lieux sans escorte, malgré les avertissements réguliers sur la dangerosité de la zone.
Village de Dieu, un secteur stratégique du sud-ouest de la capitale, est fréquemment balayé par des affrontements entre gangs rivaux et des exactions perpétrées par des groupes armés. Les habitants y vivent dans une insécurité chronique, et les civils qui y circulent encourent des risques élevés, notamment des extorsions ou des enlèvements. Le « 5 Secondes », un des groupes les plus actifs dans la région, est accusé de contrôler plusieurs axes d’accès à Port-au-Prince, imposant des taxes illégales et réprimant toute opposition par la force.
Les circonstances exactes de la capture des journalistes restent floues. Aucun communiqué officiel du groupe armé n’a été publié, et les autorités locales n’ont pas encore confirmé s’il s’agissait d’un acte isolé ou d’une réponse à des tensions préalables. Les familles des victimes, dans un état de grande inquiétude, réclament des garanties sur leur sécurité et des mesures concrètes pour prévenir de tels incidents.
Cette prise d’otages soulève des interrogations sur la liberté de la presse en Haïti, déjà fragilisée par des pressions récurrentes sur les médias. Les journalistes, souvent ciblés pour leurs reportages sur la criminalité ou les scandales politiques, doivent naviguer entre leur devoir d’informer et des risques accrus pour leur vie. Selon l’Observatoire haïtien des droits humains, au moins une dizaine de journalistes ont été enlevés ou menacés depuis le début de l’année 2026, un chiffre alarmant qui reflète le climat de violence sans précédent.
La communauté internationale, notamment l’ONU et des ONG de défense des droits, a vivement condamné l’enlèvement. Un communiqué de l’Organisation des États américains (OEA) appelle au respect des conventions internationales sur la protection des journalistes et exhorte les autorités haïtiennes à intensifier leurs efforts pour sécuriser les zones à risque.
Depuis plusieurs mois, Port-au-Prince est confrontée à une escalade de la violence gangs, alimentée par la faiblesse des institutions et le manque de coordination entre les forces de l’ordre. Les habitants de Village de Dieu, souvent contraints de traverser cette zone pour se rendre à leur travail ou à l’école, vivent dans la peur d’un incident. Les autorités locales, cependant, n’ont pas encore fourni de plan concret pour renforcer la sécurité ou évacuer les civils.
Les enlèvements de Osnel Esperance et Junior Celestin illustrent les défis sécuritaires persistants dans certaines zones de la capitale. Leur libération rapide dépendra non seulement des négociations avec les ravisseurs, mais aussi de la capacité des pouvoirs publics à rétablir un climat de confiance et à protéger les professionnels de l’information. Ce drame rappelle une fois de plus que, dans un pays où la paix reste fragile, la liberté de la presse se paie souvent au prix de sacrifices humains.
Rédaction Kominotek NEWS

