
Selon un document publié par Human Rights Watch, les bombardements menés par des drones auraient causé plus de 1 200 décès, incluant 43 civils et 17 mineurs, sur une période légèrement supérieure à un an. Ces attaques, lancées depuis mars 2025, visent à éradiquer les réseaux de gangs armés qui sévissent dans le pays. Cependant, les autorités haïtiennes et les organisations humanitaires constatent que les leaders les plus notoires de ces groupes ne font toujours pas partie des cibles éliminées, et que les milices contrôlent encore de vastes territoires, notamment dans les régions d’Ouest, de Centre et d’Artibonite.
Les frappes, exécutées par la compagnie militaire privée Vectus Global, dirigée par Erik Prince, ancien fondateur de Blackwater, sont présentées comme un soutien opérationnel aux forces de sécurité nationales. Selon Reuters, le chargé d’affaires américain en poste en Haïti a confirmé que l’entreprise avait reçu la permission du Département d’État des États-Unis pour fournir ses services dans le cadre de cette initiative.
Juanita Goebertus, responsable de la division Amériques d’Human Rights Watch, a affirmé à Reuters que son organisation avait recueilli des éléments prouvant un usage inapproprié de la force mortelle. Elle appelle les partenaires internationaux de l’État haïtien à suspendre immédiatement leur collaboration avec les forces de l’ordre locales jusqu’à ce qu’un mécanisme concret soit instauré pour garantir la sécurité des populations civiles. « Les autorités haïtiennes doivent exercer un contrôle strict sur les unités militaires et les sociétés privées engagées, afin d’éviter que d’autres enfants ne perdent la vie », a-t-elle insisté.
Les critiques s’accumulent contre la stratégie actuelle, jugée inefficace et dangereuse. Les habitants des zones touchées dénoncent un manque de transparence sur l’origine des cibles et des méthodes employées. Les ONG locales soulignent également que les frappes, souvent précipitées, ne permettent pas de distinguer clairement les combattants des civils, augmentant ainsi le risque d’innocents victimes.
Le bilan humain croissant a suscité des appels à l’intervention de la communauté internationale. Des diplomates et des experts en droits humains s’accordent à dire que la situation nécessite une approche plus ciblée et respectueuse des normes juridiques internationales. « L’absence de coordination entre les acteurs sur le terrain mène à une escalade de la violence », a commenté un analyste de la sécurité, rappelant que l’Haïti post-séisme de 2010 reste fragile et vulnérable.
Les autorités haïtiennes, pour leur part, minimisent les critiques, affirmant que les opérations sont un moyen indispensable de restaurer l’ordre face à l’anarchie engendrée par les gangs. Cependant, le flou persistant sur le bilan des attaques et leurs conséquences humanitaires alimente une onde d’indignation, tant au niveau national qu’international.
La situation en Haïti, déjà marquée par des défis économiques et sociaux, se complexifie avec l’émergence de cette crise sécuritaire. Les ONG et les groupes de défense des droits réclament une enquête indépendante pour évaluer les responsabilités et apporter des réformes urgentes. « L’impunité ne peut pas être l’arme de ceux qui prétendent protéger », a conclu Juanita Goebertus, insistant sur l’urgence d’une réponse multilatérale et respectueuse des principes humanitaires.
Rédaction Kominotek NEWS

