
Le procès fédéral concernant l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, tué le 7 juillet 2021 à Port-au-Prince, a officiellement commencé lundi 9 mars 2026 à Miami, en Floride, avec la sélection des jurés. Ce procès, suivi de près à l’échelle internationale, marque une étape clé dans la recherche de justice pour un crime politique qui a profondément secoué le pays caraïbe et suscité des tensions diplomatiques entre les États-Unis et Haïti.
Lors de cette première journée, les avocats de la défense et de la procureure fédérale ont entamé la constitution d’un jury de 12 personnes, chargé de juger les principaux accusés, dont Edwin Blanquicet Rodriguez, ex-chef de la sécurité de l’ancien président. Rodriguez, dont le témoignage récemment rendu public a alimenté les débats, pourrait être un témoin central dans les prochains jours. Ce document, dévoilé par le ministère de la Justice américain, révèle des détails inédits sur les heures critiques suivant l’attaque mortelle, y compris les coordonnations suspectes entre différentes factions armées et les dysfonctionnements internes au sein des forces de sécurité haïtiennes.
L’assassinat de Moïse, alors âgé de 53 ans, a été perpétré par un groupe d’hommes armés infiltrés dans sa résidence de Tabarre. Le chef d’accusation principal porté contre Rodriguez est celui de « complicité dans un complot prémédité », un crime passible de la peine de mort ou d’une emprisonnement à perpétuité. Les procureurs ont également mentionné des liens présumés entre certains accusés et des activités de trafic d’armes et de drogues, ce qui a complexifié l’enquête.
Le témoignage de Rodriguez, publié le 8 mars, présente un portrait troublant des événements. Selon ses déclarations, plusieurs agents de sécurité auraient été corrompus ou manipulés pour faciliter l’attaque. Il évoque également des appels téléphoniques interceptés entre des individus non identifiés et des membres de son équipe, soulignant des « failles critiques » dans les protocoles de protection présidentielle. Cette révélation a suscité des critiques violentes en Haïti, où de nombreux citoyens exigeant une enquête indépendante sur les responsabilités des anciens dirigeants.
Le procès, mené par la cour fédérale de Floride, soulève des questions diplomatiques délicates. Les autorités haïtiennes ont demandé l’extradition de certains accusés, mais les États-Unis ont affirmé que le choix du lieu du procès était justifié par le fait que l’attentat avait été planifié en territoire américain. Cette décision a été contestée par des députés haïtiens, qui jugent qu’elle viole la souveraineté de leur pays.
Les audiences, qui devraient durer plusieurs mois, seront marquées par le témoignage de dizaines de personnes, dont des agents de sécurité, des diplomates et des membres de la famille de Moïse. Les audiences publiques ont été ouvertes à un public restreint, en raison des risques de sécurité et de l’émotion suscitée par le dossier.
Pour les observateurs, ce procès pourrait être un tournant historique pour Haïti, encore engluée dans une crise politique et économique sans précédent. L’absence d’une justice efficace depuis l’assassinat de Moïse a profondément affecté la transition démocratique du pays. Les avocats des victimes, représentant la veuve du président, Marta Lintomir, et ses trois enfants, espèrent obtenir non seulement une condamnation exemplaire, mais aussi des révélations qui permettront d’éclairer l’ensemble de ce qui s’est passé dans les jours suivant le drame.
En fin de journée lundi, les jurés sélectionnés ont quitté la salle d’audience après plusieurs heures d’interrogatoires. Malgré le suspense autour de Rodriguez, les prochaines audiences se concentreront sur des preuves techniques, incluant des enregistrements audio et des rapports balistiques. Les audiences reprendront mardi matin à 9 heures locales.
Rédaction Kominotek NEWS

