Venezuela : L’ancien conseiller d’Hugo Chávez, Alex Saab, évincé du gouvernement après des années d’ombre au pouvoir

La présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodríguez, a officialisé vendredi son retrait d’un rôle clé au sein de l’exécutif, marquant une décision symbolique dans un contexte politique tendu. Alex Saab, figure centrale du sérail de Nicolas Maduro, a été officiellement supprimé de ses fonctions gouvernementales, selon un communiqué diffusé sur Telegram. « Je remercie mon camarade Alex Saab pour son engagement au service de la patrie ; il occupera désormais des fonctions hors du gouvernement », a déclaré Rodríguez, tout en évitant de préciser la nature de ses nouvelles missions.
Né en Colombie, Saab, âgé de 56 ans, a longtemps été présenté comme un bras droit de Maduro, malgré son origine étrangère. Son rôle dans les négociations économiques et diplomatiques, notamment avec des pays alliés comme la Russie ou la Chine, lui a valu une influence discrète mais considérable. Arrêté en 2021 à São Tomé-et-Principe, il a été extradé vers les États-Unis, où il est détenu depuis, accusé de blanchiment d’argent et de complicité dans l’exportation illégale de pétrole vénézuélien. Les autorités américaines l’ont accusé de servir de « passeur » pour le gouvernement bolivarien, un point que Caracas a toujours contesté.
Cette démission, prononcée en pleine crise économique et sociale, soulève des interrogations sur les intentions de Maduro, qui reste officiellement au pouvoir malgré les sanctions internationales. Rodríguez, en tant que vice-présidente du gouvernement, a toujours représenté une figure clé dans la consolidation du pouvoir du président déchu. Son éloquence sur les réseaux sociaux et sa capacité à mobiliser l’opinion via des communiqués virulents envers l’opposition ou les pays occidentaux la distinguent comme une figure stratégique.
La sortie de Saab intervient après des mois de tensions entre Caracas et Washington, qui réclame depuis 2020 l’organisation d’élections libres. Les États-Unis, suivis par l’Union européenne et plusieurs pays latino-américains, ont reconnu le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaidó, comme chef de l’État légitime. Cependant, Maduro maintient le soutien de la Chine, de la Russie et de la Turquie, qui considèrent leur partenariat comme vital pour leur expansion économique dans la région.
Les observateurs notent que le retrait de Saab pourrait être une manœuvre de désengagement vis-à-vis des pressions internationales. « Cela ne signifie pas nécessairement un changement de cap, mais plutôt une adaptation tactique », explique un analyste politique basé à Caracas. Cependant, les sanctions économiques persistent, affectant un système déjà fragilisé par l’inflation galopante et la pénurie de denrées de base.
Enfin, la question de la liberté de Saab reste un point d’achoppement. Bien que son extradition ait été demandée par les États-Unis, sa libération conditionnée à une coopération juridique entre Caracas et Washington semble improbable dans l’immédiat. Ce dossier illustre la complexité d’un Venezuela coincé entre ses alliés traditionnels et les exigences des puissances occidentales.
Le sort de Saab, désormais en détention, symbolise une bataille de prestige pour Maduro. Son éloignement du gouvernement, bien que présenté comme un « changement de rôle », reste à analyser sous l’angle des calculs politiques internes et externes dans une région où la diplomatie se joue souvent dans l’ombre.
Rédaction Kominotek NEWS

