
Les migrants haïtiens se retrouvent souvent dans une situation de vulnérabilité accrue au Mexique. Dépourvus de moyens, surendettés et ne parlant pas l’espagnol, ils sont généralement perçus comme des populations en transit par les autorités, ce qui freine leur insertion dans la société. Cette perception les condamne à une marginalisation durable.
Selon les chiffres dévoilés par la Commission mexicaine d’assistance aux réfugiés (COMAR), 140 982 demandes d’asile ont été enregistrées dans le pays en 2023. Parmi ces dossiers, les Haïtiens représentent le groupe le plus nombreux, avec 44 239 candidatures, un record historique. Cette dynamique migratoire est analysée par Sebastián Rodríguez du Mixed Migration Centre, qui met en évidence le rôle croissant du Mexique comme destination privilégiée pour les Haïtiens. Cette arrivée massive s’explique par un cocktail de difficultés structurelles à Haïti : crise politique persistante, insécurité, faiblesse des institutions, chômage massif et exposition répétée aux catastrophes naturelles. En parallèle, les pressions exercées par des pays comme le Brésil ou le Chili, où la situation des réfugiés se dégrade, poussent de nombreux Haïtiens à reprendre leur route vers le nord.
Le parcours vers le Mexique est marqué par des risques extrêmes. La traversée de la jungle du Darién, entre la Colombie et le Panama, reste l’un des segments les plus dangereux. Les femmes et les jeunes filles y subissent des violences sexuelles et sexistes, aggravant leur vulnérabilité. Une fois au Mexique, les obstacles persistent. Les Haïtiens, recrutés majoritairement dans le secteur informel (commerces ambulants, restauration, agriculture), travaillent souvent 10 à 14 heures par jour pour des salaires dérisoires. La discrimination raciale, les barrières linguistiques et l’inutilisation de leurs compétences professionnelles restreignent leur accès à l’emploi régulier et aux services publics.
Les migrants confrontent également des détentions arbitraires et des centres d’accueil inadéquats. Ces lieux, régulièrement critiqués pour leurs conditions d’hygiène, le manque de soins médicaux et l’absence de garanties juridiques, ne répondent pas aux besoins fondamentaux. Bien que le gouvernement mexicain propose des permis de travail, ces mesures ne suffisent pas à assurer une protection effective de long terme.
Pour Olga Odgers-Ortiz, chercheuse au Mixed Migration Centre, la situation illustre ce que l’on appelle l’« ère du piégeage migratoire ». Ce phénomène décrit les migrants bloqués dans des pays de transit, comme le Mexique, en raison des politiques migratoires restrictives des États-Unis et de leur externalisation vers le sud. Le durcissement des contrôles frontaliers, la complexification des procédures d’asile et la coopération sécuritaire régionale renforcent cet enfermement.
Les Haïtiens, déjà marginalisés, vivent ainsi une double exclusion : économique et raciale. Leur expérience souligne les limites des politiques migratoires actuelles, qui transforment les pays de transit en lieux d’immobilisation forcée. Entre aspirations vers l’asile et structures empêchant tout progrès, cette réalité interroge la responsabilité partagée des États dans la gestion humaine et durable des migrations transfrontalières.
Rédaction Kominotek NEWS

