Pourquoi le panafricain Kémi Séba est-il visé par un mandat d’arrêt international ?

L’activiste panafricain Kémi Séba, surnommé « l’apôtre de la révolution », fait face à une nouvelle vague de pression judiciaire. Cette fois, un mandat d’arrêt international a été émis contre lui par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) du Bénin. L’initiative s’inscrit dans le sillage de sa prise de position publique en faveur d’un putsch avorté le dimanche 7 décembre, une tentative de renversement du pouvoir qui a suscité des tensions diplomatiques et sécuritaires dans la région.
Selon des informations relayées par l’Agence France-Presse (AFP), des sources judiciaires béninoises ont confirmé que l’ancien professeur de lettres, Stellio Gilles Robert Capo Chichi, 44 ans, est poursuivi pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État » et « incitation à la rébellion ». Ses propos, exprimés via une vidéo publiée le jour même de la tentative de coup d’État, ont été jugés comme une justification de l’action des militaires contestataires. Dans ce message, il avait affirmé avec emphase : « Le Bénin est libéré. Des militaires patriotes, dignes, courageux, en phase avec la volonté populaire, ont pris leurs responsabilités et mis aux arrêts le président Talon. » Une déclaration perçue par les autorités comme un encouragement direct à la destabilisation de l’État.
Les autorités béninoises, soutenues par des partenaires stratégiques comme le Nigeria et la France, ont réagi avec fermeté. Elles ont dénoncé l’influence de Kémi Séba dans la mobilisation des forces en déviation, réfutant toutefois la capture effective du président Patrice Talon. Le gouvernement affirme que l’armée nationale a joué un rôle clé pour rétablir l’ordre et que le chef de l’État a bénéficié de l’appui des forces armées et de la communauté internationale.
Cette affaire n’entache pas la première fois que l’activiste se heurte à la justice. En octobre 2024, il avait été interrogé par les autorités françaises dans le cadre d’une enquête liée à des soupçons de collaboration avec le groupe paramilitaire russe Wagner. Le parquet de Paris a entamé une procédure pour éclairer les rumeurs sur ses prétendus liens avec les « Wagner Leaks », un ensemble de documents confidentiels révélant un financement présumé de ses activités en Afrique de l’Est par le groupe entre 2018 et 2019.
Actuellement, le parcours de Kémi Séba reste incertain. Selon l’AFP, son avocat, Juan Branco, a choisi de s’abstenir de tout commentaire, laissant dans l’ombre les intentions de son client. Ce dernier, réputé pour ses prises de position iconoclastes et ses critiques acerbes contre les puissances occidentales, pourrait s’être réfugié dans un pays tiers pour éviter l’arrestation.
Le cas de Kémi Séba illustre les tensions croissantes entre les mouvements panafricains et les gouvernements africains traditionalistes. Son implication dans des affaires diplomatiques sensibles, allié à ses liens soupçonnés avec des acteurs non étatiques, le place au cœur d’un débat sur la légitimité des révoltes politiques en Afrique. Pour les autorités béninoises, il s’agit d’un signal clair : toute ingérence étrangère ou subversion intérieure sera sévèrement sanctionnée.
Rédaction Kominotek NEWS

