
Mercredi 26 novembre 2025, la Guinée-Bissau a été le théâtre d’un coup d’État orchestré par des éléments des forces armées, qui ont arrêté le président actuel, Umaro Sissoco Embalo, et suspendu le processus électoral en cours. L’annonce a marqué un tournant critique pour le pays, déjà connu pour sa turbulence politique, alors que les résultats des élections présidentielles et législatives, attendus depuis des semaines, sont désormais incertains.
Selon des informations relayées par l’agence *Jeune Afrique*, le général Denis N’Canha, chef de la maison militaire de la présidence et figure centrale de l’opération, a déclaré devant des journalistes, au siège de l’état-major, que la nation était désormais dirigée par un « Haut commandement pour la restauration de l’ordre », composé des représentants de toutes les branches militaires. « L’objectif est de garantir la sécurité nationale et de rétablir la stabilité », a-t-il affirmé, justifiant cette intervention par la découverte de ce qu’il a qualifié de « complot ourdi par des barons locaux du trafic de drogue », en collaboration avec des réseaux transnationaux. Le général a également souligné que les mesures prises visaient à « protéger l’intégrité du pays face à des menaces internes et externes ».
Parmi les décisions immédiates annoncées, figurent la suspension totale du calendrier électoral, la fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes, ainsi qu’un couvre-feu obligatoire applicable dans l’ensemble du territoire. Les militaires ont également ordonné l’arrestation de plusieurs responsables civils et militaires jugés proches du gouvernement précédant. La population, divisée entre inquiétude et colère, a réagi à ces annonces par des rassemblements spontanés dans certaines villes, notamment à Bissau, la capitale, où des heurts ont eu lieu entre manifestants et troupes.
La Guinée-Bissau, un État côtier de l’Ouest africain, reste l’un des pays les plus vulnérables de la région. Depuis son indépendance en 1974, il a connu quatre coups d’État réussis et plusieurs tentatives échouées, illustrant une fragilité institutionnelle chronique. Avec 37 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, le pays est régulièrement décrit comme un « corridor privilégié » pour le trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe, un phénomène exacerbé par ses faibles contrôles frontaliers et son instabilité politique. Les militaires, souvent perçus comme des acteurs clés dans le contrôle du marché noir, ont récemment fait face à des pressions internationales pour lutter contre la corruption et le crime organisé.
Le général N’Canha a insisté sur la nécessité d’une « transition pacifique » vers un gouvernement civil, tout en soulignant que les élections pourraient être reportées en fonction de l’évolution de la situation. « Nous ne cherchons pas à rester au pouvoir, mais à restaurer les conditions d’un processus démocratique serein », a-t-il déclaré, tout en refusant de répondre aux questions sur le sort du président Embalo.
Cette prise de pouvoir survient dans un climat de méfiance grandissante vis-à-vis de la classe politique, accusée de corruptions et d’échecs économiques. Les organisations internationales, dont l’Union africaine et les Nations Unies, ont appelé à une résolution non violente de la crise, tout en exprimant leur préoccupation quant à l’escalade des tensions.
Rédaction Kominotek NEWS

